
« Je voulais montrer que les anti-héros ont toujours existé ou plutôt “non existé”. »
Fabrice Rousselot — Pourri
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« Pourri » dresse le portrait d’un anti-héros. Un homme cabossé par l’existence et qui est totalement transparent aux yeux des autres. L’ouvrage s’attarde sur une figure que l’on pourrait presque qualifier de « non personne ». Pierre Julien est Invisible en toutes circonstances, incapable de s’insérer dans le monde qui l’entoure et de créer un quelconque lien social. En cela, le roman vient questionner la société, au sein de laquelle l’image de soi et l’image que l’on projette est plus importante que le caractère d’un être ou l’être lui-même. On s’interroge sur ce que fait ou défait notre identité aux yeux de celles et ceux qui nous entourent. J’ai volontairement choisi de ne pas situer le livre à l’époque actuelle - l’action se déroule dans les années 90- pour ne pas tomber dans le piège des débats incessants autour des réseaux sociaux et de l’image qu’ils renvoient. Je voulais montrer que les anti-héros ont toujours existé ou plutôt « non existé »
"Que dit votre livre de notre monde ?"
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J’aimerais que le livre fonctionne comme un miroir. Que les lecteurs et lectrices s’interrogent d’abord sur leur propre identité et leur propre image. Surtout, qu’ils s’interrogent sur ces personnes anonymes qui leur semblent sans intérêt, qui se fondent dans une masse générique. Le livre tente de décrire la grande solitude et le désespoir de Pierre Julien. Des sentiments qui le suivent depuis qu’il est plus jeune et dont il tente sans succès de se défaire. Peut-on essayer de changer le regard que l’on porte à ces anti-héros ? Peut-on tenter de commencer à comprendre leur désarroi et même leur ressentiment ? J’ai voulu lancer une réflexion sur le regard que nous portons aux autres et sur le mépris qui est le pendant de l’indifférence. Y-aurait-il une place aussi pour plus de compréhension, plus de dialogue, plus d’attention et ou même d’attendrissement ?
"Qu’espérez-vous que cela révèle à votre lecteur ?"
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L’idée de « Pourri » m’est venue dans le métro parisien il y a plusieurs années. En tant que journaliste, j’ai la -mauvaise- habitude d’observer mon environnement en général et les gens en particulier. Chaque matin, j’étais confronté à des personnes qui apparaissaient tellement ordinaires qu’elles en étaient invisibles. Elles semblaient aussi accaparées par leur propre monde intérieur, sans faire aucun effort pour se connecter avec les gens autour d’elles. Au tout début, j’avais d’ailleurs appelé le roman « Un type ordinaire ». Ce qui m’obsédait, c’était d’essayer de comprendre le quotidien de ces gens « ordinaires ». Essayer d’imaginer ce qu’était leur vie, leurs angoisses, leurs névroses mais aussi leurs envies ou leurs espoirs. Ce questionnement se retrouve également dans l’unité de lieu du roman puisque Pierre Julien habite le quartier de République tel qu’il existait dans les années 90, avec ses brasseries un peu ringardes et traditionnels. C’est pour lui un refuge face au quartier du Marais, en pleine effervescence, et qu’il voit comme « la vitrine » d’un bonheur factice et qu’il ne supporte pas.
"Avec quelle idée l’avez-vous commencé ?"
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Je ne connaissais pas la fin de « Pourri » avant d’arriver aux dernières pages. Mais l’issue m’est apparue de plus en plus évidente au fil de l’écriture. Dès le début, j’ai opté pour retranscrire les pensées intérieures du personnage afin de mieux rythmer le récit. Ce monologue intérieur prend de plus en plus de place et le personnage est confronté à une véritable descente aux enfers qui ne cesse de s’accélérer. Il le dit lui-même : il se sent trop « pourri » pour que cela se finisse bien. Certes, il y a Léa, cette jeune femme qui devient sa seule chance d’échapper à sa décrépitude, mais rien ne se passe comme il le veut. Dès lors, le lecteur et la lectrice sont amenés à se demander quel est l’avenir d’un tel personnage. Peut-il encore s’accrocher à quelque chose qui lui permettrait de ne pas toucher le fond ? Le regard des autres peut-il changer ? Le bouquiniste qui s’apitoie sur son sort parviendra-t-il à allumer une lumière au bout de son tunnel ?
"Avec quelle idée forte l’avez-vous terminé ?"
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Il n’a pas été facile de brosser ce portrait d’un anti-héros et d’essayer de plonger au plus profond de son âme. Il m’a fallu maintes fois réécrire certains passages afin d’arriver à transmettre au mieux l’immense malaise du personnage. Cette détresse solitaire de tous les jours, cette angoisse face à l’interaction sociale ou cette façon d’appréhender le monde extérieur dans un cocon protecteur et nécessaire. Le livre pose une question centrale : au final, de qui est-on le « pourri » ? Est-ce bien Pierre Julien qui est « pourri » ou sont-ce les autres ? C’est une réflexion qui pourrait être le point de départ d’un nouveau livre en s’attardant à l’inverse sur un personnage sûr de lui et qui se croit invincible. L’inverse de Pierre Julien en quelque sorte mais qui serait lui aussi hanté par de nombreux démons
"Quelles questions restent ouvertes pour votre prochain livre ?"
